|
Derrière son oeil il y a de grandes places Rouges avec
des flaques sous les arbres verts Pareilles à de lourdes campagnes qui
tanguent De tous leurs chevaux saouls et peignés de travers Car
l'innocence voit quand le coeur recompose Dans la pupille étroite et figée de
l'instant Un pluriel univers dont la métempsycose Redonne au vol d'oiseau
les colères du sang Tristesse dit l'oeil bleu mais la narine
ouverte Épouse dans l'odeur les secrets de la chair Je ne vois que le ciel
qui poudroie et des bêtes Menées de biais vers les étables de
l'enfer L'homme au tablier blanc marqué de cachets rouges S'apprête du
regard à un songe sans fin Qui le malmène comme un vil mais le délasse De
cette crispation féroce de la main Le couteau en suspens comme un graveur qui
n'ose Dans un doute suprême achever le détail L'hypocrite boucher
s'imagine des roses Illuminant la nuit subite du bétail.
René Guy
Cadou
|